date Le dimanche 18 mai 1997
sujet Décision 1997 - Le débat des chefs avec le Très Hon. Jean Chrétien, L'hon. Jean Charest, M. Preston Manning, Mme Alexa McDonough et M. Gilles Duceppe

M. GILLES GOUGEON, Animateur: Bienvenue et bonsoir. Nous poursuivons ce soir ce débat qui avait été interrompu malencontreusement mardi dernier.

Heureusement, tout le monde est là et je m'empresse tout de suite de vous les présenter. Tout d'abord, M. Jean Chrétien, chef du Parti libéral.

Bonsoir, Monsieur.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Bonsoir.

ANIMATEUR: Mme Alexa McDonough, chef du Nouveau parti démocratique.

MME ALEXA McDONOUGH: Bonsoir.

ANIMATEUR: M. Jean Charest, chef du Parti progressiste conservateur.

Bonsoir, Monsieur.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Bonsoir, Monsieur Gougeon.

ANIMATEUR: M. Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois.

M. GILLES DUCEPPE: Bonsoir.

ANIMATEUR: Bonsoir.

Et M. Preston Manning est le chef du Parti réformiste.

Bonsoir, Monsieur.

M. PRESTON MANNING: Bonsoir.

ANIMATEUR: Bienvenue à tous.

Aussi, nous retrouvons nos deux collègues journalistes, soit Jean-François Lépine, de la Société Radio-Canada, et Normand Rhéaume, du Réseau TVA.

De plus, eh bien, nous avons demandé à ces gens qui étaient dans le public mardi dernier de revenir nous voir, et c'est avec gentillesse que plus d'une vingtaine ont pu accepter notre invitation. Ils sont ici en studio ce soir. Ils sont en compagnie ce soir de M. Jacques Moisan, notre collègue du Réseau TVA.

À vous, Jacques.

M. JACQUES MOISAN: Voici, Gilles. Comme ça avait été le cas au cours des deux premières présentations, nous avons avec nous en studio, vous l'avez dit, des gens d'un peu partout à travers le Canada, des hommes et des femmes qui pourront poser la question de leur choix au chef de leur choix.

Aucune condition précise ne leur a été imposée si ce n'est de soumettre des questions concises, des questions précises. Ils ont 30 secondes pour poser leur question. Les chefs, eux, ont une minute pour leur répondre.

Alors, on vous retrouve dans un petit moment.

ANIMATEUR: Merci, Jacques.

Alors donc, comme je l'ai dit, nous reprenons le débat là où nous l'avions interrompu au moment où notre collègue Claire Lamarche, que nous saluons, a eu ce malaise.

Donc, le cinquième segment de ce débat porte sur les défis du 21e siècle. Tout le monde va continuer de jouer selon les mêmes règles du jeu.

Il y a un petit élément nouveau ce soir. C'est qu'en tout début d'émission, chacun des chefs va nous faire une déclaration d'ouverture, et le choix de l'ordre dans lequel vous allez les entendre a été fait par un tirage au sort.

C'est M. Preston Manning que j'invite maintenant à prononcer cette petite allocution d'ouverture.

Monsieur Manning.

M. PRESTON MANNING: Merci. Permettez-moi d'essayer de m'exprimer en français.

Parlons-nous franchement, mes amis.

Les Libéraux et les Conservateurs prétendent faire reconnaître le Québec comme société distincte. Rien de plus faux. Les Canadiens désirent l'égalité et non pas de statut particulier.

Jean Chrétien n'a pas de plan d'action.

Jean Charest non plus, malgré ses déclarations enflammées.

De leur côté, les souverainistes prétendent pouvoir négocier une nouvelle association avec le reste du Canada après la sécession. Rien de plus faux.

La réalité, c'est qu'il faut du changement réel et concret à la fédération, un plan d'action acceptable par tous.

Ce plan d'action et réformateur, c'est la troisième voie réformiste.

Merci.

ANIMATEUR: Je vous remercie beaucoup, Monsieur Manning.

Maintenant, la parole est à Mme Alexa McDonough. À vous, Madame.

MME ALEXA McDONOUGH: Rebonsoir.

Ce soir, nous allons parler de référendum, de clause d'interprétation, de constitution.

Pour moi, l'unité canadienne comprend d'autres questions. On doit changer les priorités du gouvernement Chrétien. Vous n'avez pas voté pour les coupures de sept millions de dollars la dernière fois. Vous n'avez pas voté pour avoir un million et demi de chômeurs. Vous n'avez pas voté pour les politiques de droite.

Mais voilà. Le Canada peut faire mieux, beaucoup mieux. Nous pouvons bâtir un pays qui reflète nos valeurs, accorder les priorités à l'emploi, protéger les services de santé et l'éducation, renforcer nos valeurs communes, poursuivre des objectifs communs.

Comme ça, nous aurons un avenir commun.

Merci.

ANIMATEUR: Merci, Madame McDonough.

Maintenant, je cède la parole à M. Gilles Duceppe du Bloc québécois.

M. GILLES DUCEPPE: Chers amis, je suis né et j'ai été élevé dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, un quartier humble de Montréal, un quartier d'ouvriers.

Les gens travaillaient aux Ateliers Angus, à la Canadian Vicars, à la Steelway. Ils gagnaient de petits salaires. On arrivait à boucler le budget à force d'entraide, grâce aux liens qui nous unissaient.

Mes parents me disaient que notre petit monde, c'est un grand monde, que pour être entendu, il faut parler fort, il faut parler vrai.

J'ai compris que le Québec ne serait jamais entendu si nous ne parlions pas d'égal à égal avec tous les autres pays et que la seule manière de parler d'égal à égal, c'est d'avoir aussi notre propre pays. C'est la souveraineté.

Ça, c'est plus important que tout. C'est plus important que Gilles Duceppe. C'est plus important que chacun d'entre nous, car elle porte, cette voix, le peuple, les aspirations, l'épanouissement du peuple québécois.

Le jour du vote sera le moment d'exprimer les liens qui nous unissent. C'est le moment de prendre notre élan, ensemble, vers la souveraineté du Québec.

ANIMATEUR: Merci, Monsieur Duceppe.

Maintenant, la parole est à vous, Monsieur Charest.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Bonsoir.

Bientôt, vous prendrez une décision qui engagera votre avenir et l'avenir de votre pays. Les Canadiens et en particulier les Québécois ont plusieurs fois manifesté une volonté commune de changement et surtout une volonté d'avoir un projet commun de réconciliation nationale.

Les vieilles formules ne fonctionnent plus. Il faut donc de nouveaux choix. Aux jeunes qui sont sans emploi, à ceux qui subissent les coupures dans la santé, à ceux qui paient trop d'impôts et qui ont de la difficulté à joindre les deux bouts, Jean Chrétien vous dit qu'il n'a pas de marge de manoeuvre.

Moi, je ne suis pas d'accord. Je pense que c'est une question de choix. Justement, le plan que je vous propose fait les bons choix. Un chantier pour la création d'emplois. Un chantier qui garantit les soins de santé. Un chantier pour la réconciliation nationale.

Le moment est venu pour le Québec et le Canada de se donner une nouvelle génération de leadership capable de répondre à cette volonté de changement.

ANIMATEUR: Je vous remercie beaucoup, Monsieur Charest.

Maintenant, le dernier mot d'ouverture revient à M. Jean Chrétien.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Bonsoir.

L'unité de notre pays est une condition essentielle pour affronter les défis du 21e siècle. Nous avons besoin d'une économie prospère qui crée de l'emploi et de programmes sociaux sûrs. Pour ce faire, nous avons besoin de stabilité.

Deux fois, les Québécois ont dit qu'ils veulent continuer de progresser à l'intérieur du Canada. Depuis le dernier référendum, nous avons fait des changements au Canada et ce n'est pas fini. Nous avons redressé nos finances publiques et amélioré notre économie. Nous avons un programme réaliste et nous avons, nous, une équipe compétente qui a fait ses preuves et qui représente toutes les régions du pays.

Le Canada est un pays exceptionnel. Nous l'avons construit avec les autres Canadiens et il nous appartient. Imaginez un instant ce qu'il sera si dorénavant nous consacrons toutes nos énergies à bâtir ensemble notre avenir.

ANIMATEUR: Je vous remercie, Monsieur Chrétien. Merci à tout le monde. Vous avez bien respecté le temps qui vous était imparti. Je pense que ça va bien fonctionner pour le reste de ce débat que nous abordons maintenant sur les défis du 21e siècle.

Je vous rappelle à vous, téléspectateurs, que les deux premières questions seront adressées d'abord à M. Jean Chrétien dont le choix a été déterminé par un tirage au sort. Ensuite, le débat va s'élargir.

Donc, je cède la parole à mon collègue, Jean-François Lépine.

À vous, Jean-François.

M. JEAN-FRANÇOIS LÉPINE: Madame, Messieurs, bonsoir.

Monsieur Chrétien, vous répétez que l'éventualité d'un autre référendum au Québec est un sujet hypothétique.

Pourtant, votre propre gouvernement est aujourd'hui devant la Cour suprême à ce sujet. Votre ministre Stéphane Dion dit que pour reconnaître le résultat d'un prochain référendum, Ottawa exigera d'avoir un mot à dire sur la question référendaire et sur la majorité requise.

Comment, Monsieur Chrétien, allez-vous vous y prendre pour imposer des conditions aux souverainistes québécois pour que le déroulement du prochain référendum vous soit acceptable?

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Bien, pour moi, vous savez, Monsieur Lépine, la responsabilité du premier ministre du Canada, c'est de garder le pays uni parce que la partition du Canada sera très grave pour les Québécois et pour tous les Canadiens.

Je pense qu'il faut qu'on ait la clarté et l'honnêteté dans la question. C'est ça qui est important.

Alors, nous avons commencé à obtenir une clarification fondamentale. Nous sommes convaincus que la déclaration unilatérale d'indépendance, ça ne peut pas se faire dans un pays comme le Canada.

Les Péquistes prétendent que oui. Alors, la Cour suprême décidera.

D'ailleurs, M. Bouchard accepte les décisions de la Cour suprême quand il s'agit du conflit avec le Labrador et les chutes Churchill, mais il ne veut pas accepter la Cour suprême dans d'autres dossiers.

Je pense qu'il faut commencer par clarifier les données et travailler pour qu'il n'y ait pas d'autre référendum. Je suis convaincu que les Québécois veulent qu'on parle d'emplois, de programmes sociaux, mais qu'ils sont fatigués d'entendre parler de référendum hypothétique.

ANIMATEUR: Je vous remercie, Monsieur Chrétien.

Maintenant, sur le même sujet, Madame McDonough.

MME ALEXA McDONOUGH: Les Néo-démocrates ont toujours dit que le Canada doit respecter un vote clair fondé sur une question honnête.

Mais Monsieur Chrétien, parlons de votre approche pour un moment. Expliquez-moi pourquoi une majorité de gens dans votre comté ont voté OUI au référendum. C'est à cause de 16 pour cent de chômage, n'est-ce pas? Je pense que oui.

M. Duceppe et ses amis profitent de la pauvreté et du chômage, exactement comme M. Manning.

Wake up, Monsieur Chrétien. Le gouvernement fédéral doit revoir ses priorités, accorder la priorité à l'emploi, protéger les soins de santé et ne pas les détruire. C'est seulement comme ça qu'on va créer l'unité nationale.

ANIMATEUR: Je vous remercie, Madame McDonough.

Maintenant, la parole est à M. Duceppe.

M. GILLES DUCEPPE: Écoutez, le passé, je pense, parle par lui-même. Vous savez, en 1980, on a eu ce référendum. Il y a eu des promesses de faites et on a fini avec cette Constitution de 1982 que le Québec n'a jamais signée parce qu'inacceptable, et non seulement les souverainistes mais également les fédéralistes.

On est revenu avec des tentatives minimales, cinq petites conditions lors de Meech. Puis, il y a eu ce refus de Charlottetown, refus réciproque. Le Canada a dit non parce que trop pour le Québec et le Québec a dit non parce que pas assez pour le Québec.

Or, on en est là et la décision, la véritable décision, c'est aux Québécois et aux Québécoises à la prendre. Pas à la Cour suprême sur la base d'une Constitution qu'on n'a jamais acceptée, pas avec vos juges, vos avocats. C'est aux Québécois et aux Québécoises de décider seuls de leur avenir.

C'est ça, la véritable question et c'est ça, la question qui vous est posée à M. Charest et à M. Chrétien. Allez-vous respecter la volonté des Québécois et des Québécoises? C'est la véritable question.

ANIMATEUR: Merci, Monsieur Duceppe.

Monsieur Jean Charest.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: D'abord, ça fait trois référendum qu'on fait dans les 15 dernières années au Québec. Il faut en conclure qu'on n'est ni plus riche, ni plus prospère, ni plus uni.

Il y a une chose qui me semble évidente aussi, et une leçon que je retiens du référendum de 1995 qui ne semble pas avoir été retenue par certains. C'est que tant du côté du OUI que du côté du NON, il y avait une volonté de changement exprimée par la population québécoise.

Ce consensus rejoint justement une volonté de changement que j'ai retrouvée ailleurs au Canada dans les trois dernières années.

Donc, le grand défi du prochain premier ministre, c'est justement de faire en sorte qu'on puisse brancher cette majorité de Québécois et de Québécoises, incluant une majorité de francophones, qui veulent que le Canada marche.

Non pas mettre l'accent sur les scénarios de dissolution, mais plutôt tout mettre en oeuvre pour qu'on puisse faire un pas en avant. C'est ce qu'on propose dans notre plan, nous, avec l'histoire de la proposition d'un pacte dans le domaine de la santé, dans le domaine de l'emploi, dans le domaine de l'éducation et de la formation.

ANIMATEUR: Merci, Monsieur Charest.

Maintenant, s'il vous plaît, à vous, Monsieur Manning.

MR. PRESTON MANNING: Reform believes that the cause of unity is best served by clarifying the rules. We would recognize a YES vote, however close, provided the question is clear and the process is fair and we've spelled out what we mean by a fair question.

We would also insist that the principle of democratic consent continue to be respected after a YES vote. Democratic consent would be required for boundary changes. If Canada is democratically divisible, then so is Quebec. Any terms and conditions of secession should be subject to ratification by all Canadians in a national referendum.

If democracy is the rule, fair and square, democracy should be the rule all the way through. We think that would serve the cause of national unity.

ANIMATEUR: Merci beaucoup, Monsieur Manning.

Eh bien, je pense qu'on vient de mettre la table pour un bon débat.

Maintenant, je cède l'antenne à Normand Rhéaume qui va relancer avec sa question le véritable débat entre vous.

Normand?

M. NORMAND RHÉAUME, Journaliste, Réseau TVA: Monsieur Chrétien, vous êtes un politicien remarquablement tenace. Vous êtes dans le métier depuis 34 ans. C'est un bail que vous voulez renouveler, d'ailleurs.

Quand vous êtes arrivé à Ottawa ici, comme simple député en 1963, les souverainistes n'étaient qu'une poignée au Québec.

En 1995, ces souverainistes ont presque gagné majoritairement le référendum.

Ce qui fait dire à certains, à tort ou à raison, que vous êtes peut-être davantage une partie du problème que de la solution.

Nous sommes bientôt au tournant du siècle. Le Canada est en jeu. Êtes-vous l'homme de la situation?

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Je pense que pour moi, j'ai bien servi le Canada et je connais le Québec et le Canada mieux que tout le monde.

Je suis convaincu que si nous prenons les dispositions nécessaires pour expliquer les changements que nous faisons à ce moment-ci ---

Il y a des dossiers qui traînaient depuis très longtemps. Le dossier de la main-d'oeuvre, nous l'avons réglé. Nous avons clarifié une série de choses à la suite du discours du Trône de février 1995. Au lieu d'avoir des grands projets, nous réglons un problème à la fois. Je pense que c'est la bonne formule.

Maintenant, il faut nous assurer que lorsque les Québécois, si jamais il y a un référendum, et j'espère qu'il n'y aura pas d'autre référendum, parce que les gens n'en veulent plus de référendum, mais s'il y en a un, que la question soit claire et que les gens comprennent les conséquences.

Je vais travailler avec les autres Québécois, la majorité des Québécois, qui veulent qu'on s'occupe des vrais problèmes.

Si le Bloc québécois et le Parti québécois n'arrêtent pas de parler de référendum, eh bien, je pense qu'ils vont perdre la prochaine élection provinciale parce que les gens veulent qu'ils parlent des problèmes de chômage, de santé et de l'avenir pour tout le monde.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Si vous me permettez, Monsieur Gougeon, justement, je pense que M. Rhéaume met le doigt sur un problème que M. Dion qui est maintenant ministre dans le gouvernement de M. Chrétien avait évoqué pendant le référendum, et c'est le fait que M. Chrétien n'avait pas été capable pendant le référendum d'offrir une perspective d'avenir et d'espoir pour les Québécois et Québécoises. C'est malheureux et c'est comme ça.

En passant, je ne remets pas en question la bonne foi de M. Chrétien. Je le regrette presque parce que c'est l'avenir de notre pays.

En même temps, M. Chrétien doit répondre du fait que sur cette question de l'unité et de la place du Québec, il n'a pas été très constant dans cette discussion.

M. GILLES DUCEPPE: Mais vous dites la même chose, Monsieur Charest.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Permettez-moi de finir. On n'a pas beaucoup de temps, Monsieur Duceppe. Permettez-moi de finir et vous allez pouvoir parler.

Je vais vous donner un exemple. En 1988, M. Chrétien était contre les accords du lac Meech. Je vous cite une citation de son commentaire sur les accords du lac Meech alors qu'il disait, parce qu'il était contre, et je cite:

"Ce sont là mes convictions et je me fiche des conséquences politiques."

Fin de la citation.

M. GILLES DUCEPPE: Mais, Monsieur Charest --

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Ça évoque le problème devant lequel on est placé aujourd'hui alors que les Québécois et Québécoises cherchent un leader qui sera capable de répondre à leur appel au changement qu'ils ont fait en 1995 et non pas leur tourner le dos et être figé dans l'immobilisme, malheureusement, comme c'est le cas pour M. Chrétien.

M. GILLES DUCEPPE: Monsieur Charest, vous évoquez Meech.

En 1990, vous vous êtes fait l'allié de Jean Chrétien pour proposer 23 recommandations qui modifiaient cinq petites conditions minimales qui étaient celles de Meech.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Vous inventez encore, Monsieur Duceppe.

M. GILLES DUCEPPE: Laissez-moi terminer à mon tour, Monsieur Charest.

C'est vous qui avez signé le rapport. C'était signé Jean Charest et inspiré par Jean Chrétien.

En 1992, vous vous êtes retrouvés sur les mêmes tribunes pour proposer quelque chose qui avait été refusé par le Canada parce que c'était trop pour le Québec et par le Québec parce que ce n'était pas assez pour le Québec.

Là, vous nous proposez encore un programme, un pacte canadien où vous intervenez dorénavant dans le domaine de l'éducation.

S'il y a un domaine qui est bien connu dans toutes les provinces pour être un champ de compétence provinciale, c'est bien celui de l'éducation. Même Pierre Trudeau n'a pas essayé cela.

Or, il n'y a aucune solution. Ça fait 35 ans qu'on débat de cette question. La seule solution qui est proposée, réaliste, c'est de reconnaître l'existence de deux nations, parce que la nation québécoise existe et veut s'affirmer.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Je dois dire que comme disait M. Charest et que je disais moi-même, nous avons déjà eu trois référendum au cours des 15 dernières années.

Les gens sont fatigués d'entendre parler de ça.

M. GILLES DUCEPPE: Ils sont fatigués d'avoir de fausses solutions.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Ils pensent qu'il y a des énergies qui sont perdues et qui devraient servir à travailler ensemble, comme nous l'avons fait dans la main-d'oeuvre, pour régler des problèmes.

M. GILLES DUCEPPE: Vous disiez que c'est un caprice du Québec.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Il faut régler les problèmes un par un au Canada.

Vous, au lieu de parler des vrais problèmes, vous revenez toujours avec cette rengaine qui n'arrête pas, c'est-à-dire que si on avait l'indépendance, que tous les problèmes se régleraient.

M. GILLES DUCEPPE: Ce n'est pas ça qu'on dit.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Vous savez très bien qu'il y a --

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Est-ce que ce n'est pas ça --

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Vous savez très bien qu'il y a des conséquences économiques.

M. GILLES DUCEPPE: Ce n'est pas ça qu'on dit, Monsieur Chrétien.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Vous avez dit au dernier débat ici que le Québec ne perdait pas d'investissements. Vous avez été contredit par tout le monde par après parce que Moodie a dit à New York la semaine dernière que le seul grand problème que le Canada connaît, c'est l'instabilité politique.

L'économiste a dit la même chose la semaine passée.

M. GILLES DUCEPPE: Ce que j'ai --

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Ça nuit aux investissements au Canada, et surtout au Québec.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Si vous me permettez, Monsieur --

M. GILLES DUCEPPE: On vient de parler de moi. Monsieur Chrétien, ce que j'ai précisé, c'est que le Québec a eu sa part d'investissements privés, une moyenne de neuf pour cent, alors que le Canada était à cinq virgule deux pour cent l'an passé, que sous les Libéraux, la dernière année des Libéraux à Québec, c'était 500 millions de dollars alors que l'an passé, sous un gouvernement souverainiste, les investissements étrangers ont été de deux virgule cinq milliards de dollars.

Je n'ai pas pris trois ans et demi pour corriger.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Si vous permettez, Monsieur Gougeon --

M. GILLES DUCEPPE: Alors, vous avez pris trois ans et demi puis vous n'admettez même pas encore que la TPS, vous aviez dit que vous étiez pour l'abolir.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Si vous me permettez, Monsieur Gougeon --

ANIMATEUR: Allez-y.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: M. Duceppe s'est contredit tellement souvent depuis le début de la campagne, incluant au début alors qu'il disait que c'était l'emploi, l'économie, maintenant la souveraineté, les référendum avant et après.

Moi, l'enjeu, je pense qui inquiète vraiment les gens, et ce que je sens parce que j'ai beaucoup voyagé dans ce pays-là depuis les trois dernières années et de temps en temps ça me désespère, c'est qu'il y a une volonté réelle de changement.

Les Québécois et Québécoises veulent que ce pays-là marche, incluant une majorité de francophones. Vous remarquerez qu'il n'y a personne qui nous contredit là-dessus parce qu'on le sait très bien, sauf qu'ils veulent en même temps un premier ministre capable de mettre de l'avant des changements.

Le problème de M. Chrétien, je le dis presque à regret, c'est qu'il représente le statu quo et ne semble pas vouloir changer. Il ne répond pas à cet appel-là. Il ne l'a pas fait en 1995 pendant le référendum. Il ne l'a pas fait à l'élection en 1993. Par la suite, en réponse à ses engagements référendaires, il ne l'a pas fait non plus.

Je le dis presque à regret, sauf qu'en même temps, il faut maintenant se tourner vers l'avenir, et l'avenir, c'est quoi?

C'est de faire en sorte qu'on puisse avancer avec des valeurs communes. Basées sur quoi? Sur une nouvelle entente dans le domaine de la santé, un pacte qui reconnaît le partenariat. La même chose du côté de l'emploi et la même chose du côté des valeurs communes qu'on a dans le domaine de l'éducation et de la formation.

M. GILLES DUCEPPE: Vous nous revenez --

ANIMATEUR: Monsieur Chrétien, s'il vous plaît.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: J'aimerais dire à M. Charest que le référendum, nous l'avons fait ensemble. À ce moment-là, nous avons bien travaillé et nous avions un programme commun. Ce programme commun, je l'ai énoncé lorsque j'étais à Verdun.

Quand je suis revenu au gouvernement, nous avons voté à la chambre des Communes sur la société distincte. Vous étiez dans la bâtisse et vous n'avez pas voté, Monsieur Charest.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Je n'ai pas de leçon à prendre --

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Et ensuite --

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Je n'ai pas de leçon à prendre de vous, Monsieur Chrétien, sur la société distincte.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Et ensuite --

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Je pense que j'ai (inaudible...) sur la société distincte et je n'ai pas de leçon à prendre de vous, vous qui avez combattu Meech avec Clyde Wells, vous qui avez dit que vous étiez contre et que vous vous fichiez des conséquences politiques.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Très bien. Écoutez --

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Je n'ai pas de leçons à prendre de vous, Monsieur Chrétien, sur la société distincte.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Écoutez, nous avons au surplus passé une loi, une loi qui donne un veto aux régions dont au Québec. M. Charest n'a pas voté encore.

Nous avons réglé, comme nous avions dit, le problème de la main-d'oeuvre clairement.

M. GILLES DUCEPPE: Ce n'est pas réglé.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Monsieur --

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Mais M. Chrétien --

M. GILLES DUCEPPE: Il y a eu un pas dans la bonne direction.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Vous n'aviez pas (inaudible) pendant le référendum un appel à la Cour suprême. Comment se fait-il que Daniel Johnson ne vous appuie pas là-dessus?

MME ALEXA McDONOUGH: Mais quel est le fruit --

ANIMATEUR: Madame McDonough?

MME ALEXA McDONOUGH: Quel est le fruit de ces hommes, de ces gouvernements, de ces deux hommes, M. Chrétien et M. Charest?

Nous avons ce soir le fruit de ces gouvernements. M. Duceppe et M. Manning, c'est un monstre avec deux têtes qui détruit notre pays. C'est le fruit de ces gouvernements, de ces deux hommes.

Vous demandez maintenant que les électeurs encore donnent le pouvoir pour continuer ces programmes, continuer ces politiques?

Je pense que non, merci.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Pour moi, je voudrais répondre à M. Charest parce que, oui, nous sommes allés à la Cour suprême parce que nous, vous et moi, nous croyons qu'il est illégal de faire une déclaration unilatérale d'indépendance.

M. Duceppe --

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Vous êtes allé à la Cour suprême.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Je suis allé à la Cour suprême avec l'appui de la chambre des Communes.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Mais pas avec l'appui de Daniel Johnson.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Non, mais seulement nous clarifions le dossier.

Quelqu'un qui veut devenir premier ministre du Canada doit être capable d'affirmer qu'il va faire respecter la Constitution du Canada par toutes les provinces et tous les citoyens du pays?

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Ah, oui?

M. GILLES DUCEPPE: Vous êtes en train de dire, Monsieur Chrétien, que les Québécois ne seraient pas assez démocratiques pour décider eux-mêmes, elles-mêmes de leur avenir? Ça prendrait la Cour suprême pour juger ça sur la base de la Constitution de 1982 que le Québec n'a jamais acceptée?

Vous n'auriez jamais fait cela si l'Ontario avait refusé la Constitution. Ça, vous le savez fort bien.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: De quel référendum --

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Vous parlez de démocratie. Ça fait deux fois que nous posons une question au Québec, une question même ambiguë et les Québécois ont répondu qu'ils veulent rester au Canada.

Pourquoi n'acceptez-vous pas la décision du peuple du Québec?

M. GILLES DUCEPPE: Pourquoi voulez-vous les empêcher --

ANIMATEUR: Alors, avant d'entendre la réponse ---

Excusez-moi. Je dois vous interrompre maintenant, s'il vous plaît, parce que c'est maintenant au tour de M. Manning de donner le change.

S'il vous plaît, maintenant, Monsieur Manning, vous disposez d'une minute et demie. On vous écoute.

M. PRESTON MANNING: Merci. I'll use my brief time to raise and ask the questions that Quebec based leaders avoid.

Mr. Chrétien, why do you fail to tell Quebecers that there's a real growing public demand outside of Quebec for a real change in the federation, a demand which your government resists?

Why do you allow Quebecers to continue to believe that the only option to federalism as it is is secession?

Mr. Charest, why do you go to Montreal in April of 1996 and proclaim your party as the party of the distinct society and then come to Calgary in May during an election campaign and be reported by the paper there as saying Progressive Conservative Leader Jean Charest made a unity plea in Calgary Monday but left two words out of his bilingual speech: distinct society? Why the double approach, a different approach in one side of the country and then in the other?

Mr. Duceppe, why do you avoid telling Quebecers that the agenda for negotiation after any YES vote would largely be set by Canadians outside of Quebec and will focus not on some new and beneficial deal, but on difficult and divisive subjects such as debt repayment, boundary changes, and the date on which Quebecers lose their Canadian passport?

You will never, in my view, serve Quebec or unite Canada as long as you refuse to tell Quebecers the whole truth.

ANIMATEUR: Monsieur Manning --

MME ALEXA McDONOUGH: Monsieur Manning, j'ai une question pour vous.

ANIMATEUR: Allez-y, Madame.

MME ALEXA McDONOUGH: Pourquoi voulez-vous démanteler le gouvernement fédéral? On ne peut pas avoir l'unité nationale sans uns gouvernement fédéral.

M. GILLES DUCEPPE: Monsieur Manning, je crois qu'au lendemain d'un référendum, quand les Québécois et les Québécoises auront dit OUI, se seront donnés un pays, la seule attitude responsable de la part des Canadiens, de la part de leur leader, ça sera de s'asseoir et de négocier un nouveau partenariat, ne serait-ce que pour la dette qu'il faudra partager, ne serait-ce que par le fait qu'il y a des gens d'affaires ailleurs au Canada qui ne se mettront pas en faillite en refusant de vendre leurs produits aux Québécois. Voyons donc!

ANIMATEUR: Monsieur Chrétien.

M. GILLES DUCEPPE: Il n'y a pas de travailleurs et de travailleuses qui vont se mettre en chômage par patriotisme.

ANIMATEUR: Monsieur Chrétien.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Pour moi, ce débat-là continue. Ça fait 15 ans qu'on en parle et qu'on continue à en parler. Ce sont les travailleurs québécois qui en paient le prix à ce moment-ci parce que le Québec ne croît pas à la vitesse de croissance qu'il devrait croître.

Pour répondre à M. Manning, nous avons fait des changements. Nous avons réglé le dossier de la main-d'oeuvre.

ANIMATEUR: Monsieur Charest --

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Avec la Colombie-Britannique, nous avons réglé le problème des pêcheries, le problème de l'immigration avec l'Ontario et la Colombie-Britannique.

ANIMATEUR: S'il vous plaît, Monsieur Charest --

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Nous avons réglé les pêcheries et le tourisme.

ANIMATEUR: Merci, Monsieur Chrétien.

Monsieur Charest, s'il vous plaît.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Je pourrais vous en donner une très longue. Nous réglons les problèmes effectivement un par un, Monsieur Manning.

ANIMATEUR: Merci, Monsieur.

À vous, Monsieur Charest.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Je vais répondre tout simplement que nous, à l'intérieur de notre programme, à la page 41, la question de la société distincte est traitée.

En plus de ça, parlons franchement. Depuis que je suis en politique, j'ai au moins l'avantage d'avoir été constant sur cette question-là. Je n'ai pas changé d'idée.

En même temps, je suis très fier de dire à M. Manning et à tous les autres que j'ai été à Calgary le lundi midi et j'étais à Chicoutimi le mardi soir. J'avais exactement la même chose à dire à ces gens-là, et je suis fier du fait que j'ai senti chez ces gens-là une volonté commune aussi de travailler ensemble.

ANIMATEUR: Merci, Monsieur Charest.

Ce soir, nous sommes à Ottawa en compagnie du public d'ailleurs qui ont des questions à vous poser.

Je passe immédiatement l'antenne à Jacques Moisan.

M. JACQUES MOISAN: Gilles, nous avons une première question avec Mademoiselle?

MME ROSANNE LAURENCELLE: Rosanne Laurencelle.

M. JACQUES MOISAN: De quel endroit êtes-vous?

MME ROSANNE LAURENCELLE: De Winnipeg.

M. JACQUES MOISAN: Alors, votre question, vous l'adressez à qui plus précisément?

MME ROSANNE LAURENCELLE: À M. Duceppe.

Ce soir, il y a une émission diffusée à la grandeur du Canada pour venir en aide aux sinistrés du Manitoba.

La solidarité canadienne est merveilleuse. Comment pouvez-vous vouloir briser un si beau pays et pouvoir encore vous regarder dans un miroir?

M. GILLES DUCEPPE: Écoutez, Madame, la solidarité, elle existera entre nos deux pays, parce que ça, ça va au-delà des options politiques, Madame.

Les Québécois seront aussi sensibles à ce qui se passe au Manitoba que les Canadiens l'ont été quand ça s'est passé au Lac-Saint-Jean. Ça dépasse le cadre d'un pays. La solidarité humaine, Madame, c'est plus grand que les options politiques, et en tout temps, les Québécois et les Québécoises seront solidaires quand quelque chose de malheureux comme chez vous se passe. Et ça, en tout temps.

Je suis convaincu que l'inverse est vrai aussi, que vous serez sensible à ce qui peut se passer au Québec comme vous pouvez l'être à ce qui peut se passer dans un autre pays.

Il y a une grande solidarité parmi les Canadiens et parmi les Québécois.

ANIMATEUR: Merci, Monsieur Duceppe.

Alors, je vous rappelle que les chefs ont au maximum une minute pour répondre aux questions.

Jacques?

M. JACQUES MOISAN: Oui, une autre question de ce jeune homme, cette fois. Votre nom?

M. MARC-ANDRÉ HAINS: Marc-André Hains.

M. JACQUES MOISAN: De quel endroit?

M. MARC-ANDRÉ HAINS: De Brossard.

M. JACQUES MOISAN: Alors, votre question s'adresse à qui?

M. MARC-ANDRÉ HAINS: À M. Duceppe encore une fois.

M. JACQUES MOISAN: Oui.

M. MARC-ANDRÉ HAINS: Monsieur Duceppe, le séparatisme québécois a toujours été perçu par les Québécois comme l'ultime solution aux problèmes constitutionnels.

Or, voilà que vos récentes déclarations semblent diverger à cet effet.

Est-ce que, Monsieur Duceppe, un vote pour le Bloc québécois signifie un vote pour les référendum à perpétuité pour les Québécois?

M. GILLES DUCEPPE: Non, Monsieur.

Vous savez, je sais, moi, que lorsque les Québécois et les Québécoises décideront de se donner un pays, comme tous les peuples du monde, ils ne voudront pas revenir en arrière.

Lors de cette déclaration, j'ai affirmé également que le processus démocratique du Québec qui existe aujourd'hui serait toujours là dans un Québec souverain et que c'est au peuple de décider de son avenir. Pas à la Cour suprême. Pas à des juges nommés par le fédéral. C'est aux Québécois et aux Québécoises de décider eux-mêmes de leur avenir. C'est ça que j'ai affirmé.

Mais soyez sans crainte. Les Québécois et les Québécoises ne voudront pas revenir en arrière dans de sempiternels débats constitutionnels. On agira ensemble. On mettra toutes nos énergies à construire notre pays. Ça, j'en suis profondément convaincu.

ANIMATEUR: Merci, Monsieur Duceppe.

Alors, Jacques, avec qui êtes-vous actuellement?

M. JACQUES MOISAN: Oui, alors, c'est un monsieur. Votre nom?

M. JEAN DEBAUDELAIRE: Jean Debaudelaire.

M. JACQUES MOISAN: Bon, vous êtes originaire de quel endroit?

M. JEAN DEBAUDELAIRE: De Ville d'Anjou.

M. JACQUES MOISAN: Votre question s'adresse à qui?

M. JEAN DEBAUDELAIRE: À M. Chrétien.

On sait que les citoyens ont peu de confiance envers les élus.

Que feriez-vous, Monsieur Chrétien, pour redonner la crédibilité au gouvernement?

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Je pense, Monsieur, que la question que vous avez posé était une question très importante lors de la dernière élection, et elle l'est encore aujourd'hui. Je vous en remercie.

Nous avons démontré, je pense, au cours du dernier mandat qu'on pouvait avoir un gouvernement compétent et honnête.

Une de mes grandes fiertés au cours de ce mandat-là, ça a été que je n'ai pas eu de ministre qui a été obligé de démissionner du tout durant notre mandat.

Il y en a eu seulement un qui a démissionné parce qu'il avait écrit une lettre pour une pauvre femme dans son comté.

Nous avons ramené la confiance. Comme je disais l'autre jour dans le débat, le Magazine Maclean a fait un sondage à travers le monde et il y a quelques années, seulement 15 pour cent des Canadiens avaient confiance dans le gouvernement fédéral.

Aujourd'hui, c'est 55 pour cent.

À l'époque, nous étions le dernier des 18 pays qui avaient reçu les gens qui posaient les questions et aujourd'hui, le Canada était au sommet parce que les gens ont regagné confiance et il faut continuer dans cette voie, Monsieur.

Merci pour votre question.

ANIMATEUR: Je vous remercie aussi de votre réponse, Monsieur Chrétien.

Jacques, à vous.

M. JACQUES MOISAN: Alors, Mademoiselle Valérie Gagnon cette fois de Montréal.

Valérie, votre question s'adresse à qui?

MME VALÉRIE GAGNON: M. Charest.

Bonsoir, Monsieur Charest.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Bonsoir.

MME VALÉRIE GAGNON: Advenant un Québec souverain, seriez-vous en faveur de la partition du territoire québécois?

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Toute la question de la partition, c'est une question hypothétique, mais ça vous prouve à quel point on entre dans un trou noir, dans l'hypothèse où on décide de voter OUI dans un référendum.

C'est tellement vrai que j'ai entendu quelque chose la semaine passée que je pensais jamais entendre. M. Duceppe du Bloc a dit que non seulement il y aurait un référendum pour décider de la souveraineté, mais il pourrait y avoir un autre référendum pour revenir dans le Canada.

Alors, imaginez-vous si jamais on aurait fait une partition du Québec, il faut tout recoller ensemble. Je vous avoue franchement que pour utiliser une analogie, quand on fait de la bouillabaisse, c'est difficile de recoller le poisson ensemble après.

Pour être très franc avec vous, c'est pour ça que je travaille beaucoup sur le plan qui va nous faire avancer et non pas les plans qui vont tendre à la dissolution parce que la réponse la plus honnête, c'est qu'une fois qu'on aura traversé ce seuil, on arrive dans une zone où il n'y a plus de règle.

En passant, la Cour suprême ne nous apprendra rien de nouveau. Elle va nous apprendre qu'il n'y a pas de cadre légal pour diviser le pays. Sur le plan international, il n'y a pas de règle qu'on peut appliquer. Alors, il vaut mieux, dans ce contexte-là, travailler sur la volonté commune de travailler et de faire marcher le pays.

ANIMATEUR: Merci beaucoup, Monsieur Charest. Merci, tout le monde. Merci beaucoup, Jacques Moisan.

Nous arrivons maintenant à la dernière portion de cette émission, de ce débat, où chacun des chefs va maintenant faire un petit discours de clôture.

Nous avons procédé encore une fois par tirage, et chacun et chacune aura une minute 45 pour s'adresser à vous directement.

Le tirage au sort a donc déterminé qu'on commençait avec M. Manning.

À vous, Monsieur Manning.

MR. PRESTON MANNING: I want to end this evening by speaking to you from my heart.

When the Canada Rally was held in Montreal the weekend before the referendum, the organizers told Reform MPs to stay away. That made me very sad.

We encouraged our young people, including three of my own and their friends, to attend that rally. When they came back, one of them, when he got off the bus, made a remark to me that I asked him to put into a note which he sent.

I'd like to read it to you. He said,

"Dear Preston,

I just wanted to give you my thoughts on the NO rally I attended in Montreal.

It was the first time I ever waved a Canadian flag and almost grasped what it means to be a Canadian. It is a special memory I'll value for the rest of my life.

However, as I listened to the politicians speak to the crowd, I didn't hear a lot of solutions. As I stood in the crowd of Quebecers and put myself in their shoes with a vote only days away, I didn't hear anything that would have convinced me to vote NO, I am ashamed to say.

No other choice was being offered to Quebecers; either the same old solutions or separation.

Keep up the fight and let Quebec and the rest of the country know that there is another solution."

I have come here tonight to tell you as respectfully as I can that there is a troisième voie. No longer will the dialogue about national unity be monopolized by Quebec leaders. It must and it will involve us all.

Merci.

ANIMATEUR: Merci beaucoup, Monsieur Manning.

Je cède maintenant la parole à M. Jean Chrétien.

LE TRÈS HONORABLE JEAN CHRÉTIEN: Mes amis, au cours de ce débat, j'ai tenté de vous expliquer ce que nous avons fait au cours de notre premier mandat, mais surtout ce que nous voulons faire dans l'avenir.

En 1993, notre pays était près de la faillite et il nous fallait donner un sérieux coup de barre.

On n'a pas encore tout réglé, mais grâce à vos efforts, on a maintenant la possibilité de faire des choix pour notre avenir.

Aujourd'hui, nous avons une équipe encore plus expérimentée pour mettre en oeuvre notre programme qui s'attaque aux vraies priorités: l'emploi, la santé, les programmes sociaux et la jeunesse.

Le Canada est maintenant prêt à retirer les bénéfices des efforts que nous avons faits ensemble. Je veux que le Québec en bénéficie lui aussi pleinement.

Ça fait 34 ans que je me bats pour ce pays parce que c'est un pays exceptionnel. À l'aube du 21e siècle, je veux construire un pays fort. Fort de son héritage, fort de son redressement économique, un pays riche de sa diversité et de ses valeurs de tolérance, de générosité et de partage, un pays confiant, capable de changer pour relever tous les défis.

Les Québécois ont travaillé très fort pour bâtir ce pays et je leur dis n'abandonnons pas notre héritage. Nous avons bâti ce pays ensemble et nous devons participer à son avenir, comme partenaires, à part entière.

C'est ça, mon engagement, et je vous demande de renforcer l'équipe libérale le 2 juin prochain.

ANIMATEUR: Merci beaucoup, Monsieur Chrétien.

Maintenant, c'est au tour de Mme Alexa McDonough. Madame.

MME ALEXA McDONOUGH: Comme j'ai dit au début, vous n'avez pas voté pour des coupures de sept milliards de dollars dans l'éducation et les soins de santé. Vous n'avez pas voté pour avoir un million et demi de chômeurs. Vous n'avez pas voté pour les politiques des Réformistes et des Conservateurs, et c'est exactement ce que les Canadiens et les Québécois ont obtenu du gouvernement Chrétien.

Je n'ai rien entendu ce soir qui me fait changer d'avis. Le défi des quatre prochaines années est le défi d'unir le Canada, c'est de revoir les priorités fondamentalement mauvaises de ce gouvernement.

Imaginez ce que nous pouvons faire ensemble, les Québécois et tous les Canadiens, si nous arrêtons de nous chicaner au sujet de mots.

Si nous travaillons vraiment ensemble pour accorder la priorité à l'emploi, protéger et renforcer les services de santé et de l'éducation, nous aurons alors un Canada auquel tout le monde voudrait appartenir, de Halifax à Shawinigan, de Sturgis, Saskatchewan, à Vancouver.

C'est l'objectif que je me fixe pour les quatre prochaines années et c'est pourquoi je demande votre appui le 2 juin.

Merci.

ANIMATEUR: Merci, Madame McDonough.

Maintenant, la parole est à M. Duceppe du Bloc québécois.

M. GILLES DUCEPPE: Chers amis, vous avez vu ce soir que les vieux partis fédéralistes n'ont plus rien à vous offrir, n'ont plus rien à nous offrir, plus rien de neuf pour le Québec.

M. Charest et M. Chrétien se contentent de revenir à une proposition qui a été clairement rejetée, autant par les Canadiens que par les Québécois, au référendum de Charlottetown en 1992.

C'est le même petit paquet qui était trop pour le Canada et pas assez pour le Québec.

Dans le fond, est-ce que le Québec a tenu tous ces débats depuis 35 ans, posé toutes ces questions sur notre appartenance au Canada simplement pour obtenir une clause de société distincte, vide de sens qui n'apporte rien au Québec?

Est-ce que nous avons discuté tout ce temps au travail, en famille, avec nos amis de ce qui est mieux pour l'avenir du Québec pour revenir en arrière aujourd'hui? Bien sûr que non. Nous avons discuté, parlé pendant des années, souvent avec vigueur, toujours avec passion parce que nous sommes une nation, parce que nous sommes un peuple, un peuple qui a besoin de tous les outils, de tous les leviers socio-économiques pour assurer son développement, pas pour faire des miracles, mais pour être responsable de notre avenir.

Alors que le Québec retournera au référendum au cours du prochain mandat fédéral, simplifions-nous la vie. Ne plaçons pas MM. Chrétien et Charest à travers de notre route. Cette route mène au pays du Québec et c'est la toute première raison pour laquelle le Bloc doit continuer de porter la voix du Québec à Ottawa.

J'en appelle à toutes les Québécoises, à tous les Québécois, à ceux et celles qui croient que le Québec doit être plus fort, d'unir notre voix, votre voix à la nôtre pour dire ce que nous sommes, pour dire ce que nous voulons être, pour dire que nous voulons notre pays, le Québec.

Merci.

ANIMATEUR: Je vous remercie beaucoup, Monsieur Duceppe.

Maintenant, à vous, Monsieur Charest.

L'HONORABLE JEAN CHAREST: Merci.

Mesdames, Messieurs, je veux d'abord vous remercier de l'occasion qui m'a été offerte de vous parler de nos idées, de notre plan et aussi de l'avenir de notre pays.

Dans quelques semaines, les Québécois et les Canadiens auront l'occasion d'exprimer leur volonté de changement. La réponse ne consiste pas à isoler le Québec ni à refuser l'appel au changement.

Bien au contraire, il s'agit plutôt de donner une expression à cette volonté en offrant aux Canadiens un projet commun, basé sur des priorités communes, sur l'emploi, garantir nos services de soins de santé, réduction d'impôts, mais également une nouvelle forme de fédéralisme basé sur la cogestion.

Les Québécois ont plusieurs fois exprimé cette volonté de vouloir avancer. J'ai pris un engagement envers vous. Celui de vous offrir un pays qui aura évolué, un pays moderne dont nous serons tous fiers.

Je peux vous dire ce soir que cette volonté d'avancer et de vouloir être fier de son pays, de changement, est partagée par d'autres Canadiens et Canadiennes.

Je vous offre cette nouvelle génération de leadership. Je vous offre la fin de ce climat d'incertitude et d'affrontement qui nous coûte si cher. Je vous offre l'équipe qui a un plan tourné vers l'avenir, un plan pour réussir.

Je suis très optimiste aussi pour l'avenir du Canada. Je connais très bien mon pays et je l'ai voyagé de long en large depuis les trois dernières années et je sais que les Canadiens et les Québécois, incluant une majorité de francophones au Québec, veulent également que ce pays-là marche.

Pour faire avancer ce pays le 2 juin prochain, j'ai besoin de votre appui parce que j'y crois, parce que je sais que c'est possible.

ANIMATEUR: Je vous remercie beaucoup, Monsieur Charest.

J'en profite pour vous remercier, tout le monde, parce que je souligne qu'évidemment, on a finalement réussi à le terminer, ce débat, et grâce à la collaboration et la bonne volonté de tout le monde, des chefs que je remercie, et aussi du public qui a accepté de se déplacer de nouveau et de revenir nous voir.

Je remercie aussi Jacques Moisan, Normand Rhéaume et Jean-François Lépine qui de nouveau étaient parmi nous ce soir.

Tout ce que je peux vous souhaiter, enfin, c'est quelles que soient vos options, quels que soient vos choix, dans deux semaines, c'est l'élection. N'oubliez pas, surtout dans un pays démocratique, c'est essentiel: allez voter.

Merci, tout le monde. Au revoir et à la prochaine.#


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